
L’armoire :
Eric avait une quarantaine d’année, il avait perdu sa maison, son travail et sa femme.
Il n’était pas divorcé, sa femme était morte dans un accident de voiture, cela fait à peine deux ans.
La mort de sa femme engendra une très grande dépression, il arrêta d’aller bosser, de payer des factures et par conséquent il perdit l’ensemble de ses
biens.
Après une tentative de suicide désespérée, on le força à consulter un psychologue et on l’aida à s’installer dans un petit appartement et à refaire sa
vie.
Ne possédant plus aucunes affaires sauf quelques vêtements et un lit, il allait souvent aux brocantes pour acheter des meubles à bas prix.
Un jour, dans ses recherches, il tomba sur une armoire en chêne, elle était d’un certain âge, mais il eut un double coup de foudre, car elle était belle et
surtout pas chère.
Il l’installa à coté de son lit, il fit le trie dans ses vêtements, il classa pantalons, calçons, pulls, chaussettes ainsi que tee shirts.
Il décida d’ouvrir son armoire pour y ranger tous ses habits, il fut surpris de s’apercevoir que le brocanteur avait oublié d’enlever une robe rouge.
Il attrapa la robe et soudainement il ressentit une sensation assez étrange.
Il eut l’impression que quelqu’un venait de lui caresser sa main
Sa main eut un réflexe et relâcha d’un coup la robe.
Il s’assit sur son lit détruisant son travail de rangement, mais il n’y prêta pas attention, il regardait la robe rouge, il se demandait à qui elle pouvait
appartenir, et il s’inventa une petite histoire.
Chaque vêtement à son histoire, cette robe a du connaître les bals, les soirées, les anniversaires, ou encore les nouvelles années.
Peut être qu’elle avait été portée à des mariages, mais elle était si jolie, si belle, si magnifique, si parfaite, qu’elle aurait fait concurrence à la robe de
la mariée.
Combien de personnes, autant d’hommes que de femmes ont regardé de manière désireuse cette robe ?
Combien de bouche ont commenté celle-ci et la personne qui l’a porté ?
Par ailleurs, qui pouvait être vêtue d’une telle robe ?
Elle était vraiment valorisante pour que ça soit une femme âgée ou même une femme avec un physique comme qui puissent la porter.
Elle était forcément très belle, autant que la robe.
Il l’imaginait blonde, brune, châtain, les yeux marrons noisettes, ou bleues, avec des formes généreuses et voluptueuses.
Après avoir laissé son imagination partir à l’aventure, il décida de prendre la robe et de la ranger car il ne fallait pas qu’elle ait des plies
Il ne sut pas pourquoi, mais il amena la robe à son nez et il sourit.
C’était une odeur assez bizarre, même unique, on aurait dit un mélange des plus belles senteurs de l’univers.
Il reconnut le parfum de vanille, de mimosa, de rose, de Margueritte et de violette.
Il adorait ses odeurs, car il lui rappelait les parfums que mettait sa femme.
Il se retrouva à serrer la robe dans ses bras, comme s’il enlaçait sa femme à nouveau.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, il dut se confronter à la dure réalité, sa femme n’était pas là, il n’y avait que lui et la robe.
Il se sentit mal, un mal intérieur, car les souvenirs de sa femme revenaient avec fracas à cause de l’odeur de la robe.
Il alla dans sa douche, prit une douche froide et il s’écroula.
Il se souvenait de sa femme qui le prenait dans ses bras sous une douche chaude. Il revoyait leurs corps nus collés l’un à l’autre bercé par les gouttes d’eau
chaude.
Ses baisers mouillés lui manquaient tellement.
Il pleura, pleura ses souvenirs et il resta pendant deux heures sous sa douche.
A 20h du soir, il sortit de sa douche, il n’eut pas la force de se préparer à manger, alors il se coucha dans son lit froid.
Il se retourna plusieurs fois dans le lit, il ressentait des vagues de chaud et de froid.
Il n’arrivait pas à s’endormir, il se leva, but un peu d’eau froide et se recoucha.
Hélas, il resta éveillé, les yeux grands ouverts dans l’obscurité, il s’énervait dans son lit de ne pas réussir à s’endormir.
Il ne sait pas pourquoi mais il ouvrit l’armoire, il attrapa la robe, et il la sentit.
L’odeur de la robe le calmait, il avait l’impression que sa femme était à coté de lui.
Il disposa la robe à coté de lui du coté gauche en lui laissant son deuxième coussin.
Il se tourna vers elle, posa sa tête sur le second coussin, et il commença à s’endormir.
L’odeur de la robe calmait ses nerfs, ses inquiétudes et ses peurs.
Il avait l’impression de se retrouver dans une bulle, dans laquelle rien ne pouvait l’atteindre, il se sentait protéger.
Il ne connaissait que cette sensation que lorsqu’il s’endormait à côté de sa femme.
L’odeur de sa femme revenait à ses narines, il se colla contre la robe, comme s’il voulait sentir le corps chaud de sa femme.
Soudain, il sentit des mains chaudes se promenaient sur lui, les gestes de ses mains étaient identiques aux gestes de sa femme.
Il ne voulait pas ouvrir les yeux de peur de ressentir encore cette déception de voir qu’il était tout seul.
Il ressentit la douceur d’une bouche froide contre la sienne, le mouvement des lèvres et de la langue étaient l’exacte réplique des baisers de sa femme.
Il ne cherchait plus à comprendre s’il rêvait ou si la folie l’emportait, il s’en foutait.
Ses mains osèrent répondre à ses questions en allant à la rencontre de la personne qui l’embrasait.
Ses mains touchèrent tout d’abord la robe, sûrement la robe rouge, puis elles rencontrèrent un cou et la moitié du dos.
Il savait que sa femme était là, pourtant il se sentait incapable d’ouvrir les yeux, il avait peur que ça soit un rêve.
L’odeur de sa femme lui donna envie d’enlever la robe qui le séparait de son corps nu, il l’enleva délicatement, comme si c’était une première fois.
Il resta sur le dos pendant que celle-ci venait se poser sur lui, et il en profita pour toucher le dos nu.
Il connaît le dos par cœur de sa femme, il savait parfaitement où se trouvait ses grains de beauté, et il fut surpris de constater qu’ils étaient là, toujours
au même endroit.
Il ne douta même plus qu’il s’agissait de sa femme.
La serrant fort dans ses bras, comme pour lui montrer qu’il sera toujours là pour elle, il revoyait dans sa tête tous les bons moments qu’il avait pu passer
avec elle, et le fait de se retrouver ensemble lui donnait envie de revivre d’autres moments encore plus beaux.
Après quelques baisers, elle lui demanda d’ouvrir les yeux, et il s’exécuta.
Le soleil était déjà levé, il se retrouvait encore seul dans son lit, il ne comprenait pas trop ce qui venait de se passer.
Il était sur de ne pas avoir rêvé, il était sur que sa femme était avec lui, alors il regarda la robe.
Elle était posée sur le côté gauche près de lui, il sentit l’odeur de sa femme sur les draps ainsi que sur sa peau.
Son rêve se trouvait être la réalité, il ne savait comment l’expliquer, mais elle avait passé la nuit avec lui grâce à cette robe.
Au lieu d’aller au travail ce matin, il ouvrit un carton où se trouvaient toutes les photos de sa femme, du mariage ou de leur rencontre.
Il passa la journée à se remémorer chaque souvenir, comme s’il avait ce besoin de se rappeler pour ne jamais oublier.
Cependant, en plein milieu de l’aprèm midi ensoleillé il dut s’arrêter car il avait rendez vous avec son psychologue.
Il avait une toute confiance en son psychologue, alors il lui raconta la nuit qu’il avait passé, il n’exclut aucun détail.
Même si son psychologue ne devait pas porter de jugement, il fut quand même assez surpris de l’historie de son patient. Il se demanda même s’il n’était pas
entrain de devenir fou, car comme il devait prendre des antidépresseurs, cela pouvait jouer sur son psychisme.
Cependant, il ne lui en parla pas de peur de le fermer à toute discussion, alors il lui posa quelques questions sur ses ressentis pour analyser la porté de
l’évènement.
Il lui avoua qu’il n’avait jamais autant heureux depuis le décès de sa femme, il avait l’impression de revivre à nouveau.
Après la consultation, il retourna chez lui et continua l’éveil de ses souvenirs.
La nuit finit par tomber, il ne mangea pas, il préféra se coucher pour être près de la robe.
Il ferma les yeux, s’installa sur le ventre et laissa la fatigue faire son travail.
Il sentit une main sur son dos descendre de plus en plus bas en le griffant tout doucement, il frissonna de tout son être.
Il se retourna pour que la petite main puisse s’attarder sur le torse et les autres parties de son corps.
Il sentit la tête de sa femme se poser contre le creu de son cou avec ses cheveux qui tombent sur son torse.
Il sourit des bisous et des suçons qu’elle s’amusait à lui faire pendant qu’i lui caressait les cheveux.
Pendant ces actes de tendresse, elle prit un malin plaisir à le griffer entre ses jambes et au bout de quelques minutes, il se jeta sur elle.
Comme la nuit dernière, elle lui demanda d’ouvrir les yeux et de l’embrasser, il s’exécuta à nouveau.
Il fut attristé de voir encore qu’il était tout seul dans son lit, il eut peur d’avoir rêve, mais lorsqu’il vit les marques à ses jambes, il ne douta plus que
c’était un rêve.
Sa vie prit un nouveau tournant, il arrêta de travail, il mangeait de moins en moins, et il décida de mettre terme à ses consultations chez son psy.
Il passait ses journées à rester sur son lit à attendre que la nuit tombe pour retrouver la femme qu’il aime.
Il adorait toutes les nuits qu’il passait au près d’elle, même s’il ne pouvait pas ouvrir les yeux, il appréciait que ça se déroule comme ça.
Ses mains, ses cheveux, sa bouche, ses baisers, et son corps lui avaient tellement manqué, parce qu’il n’aimait qu’elle.
Il avait oublié la tranquillité que lui conférait ses bras ou la sensation singulière de ses caresses.
Chaque nuit était une nuit de douceur, où les corps se mettent à danser sous les draps, mais chaque réveil est toujours le même.
Il se sentait de plus en plus fatigué, donc la journée il s’endormait pour rattraper ses heures de sommeil perdues. Il espérait qu’elle vienne le rejoindre
dans son lit pour le bercer de miles baisers, mais il dormait seul comme avant.
Cependant, il passa plusieurs nuits de rêve avec celle qu’il aimait de tout son être.
Un soir, il se coucha comme chaque soir à côté de la robe, il attendait avec impatience qu’elle vienne se poser contre lui.
La nuit se déroula comme toutes les autres, elle lui demanda d’ouvrir les yeux, mais il refusa pour une fois.
Elle le supplia d’ouvrir ses yeux, mais il ne céda pas, il voulait la garder encore un peu avec lui. Elle se mit à crier et réclama qu’il ouvre les yeux. Par
peur, il ouvrit les yeux, il faisait toujours nuit, et il vit sa femme, ses yeux, sa bouche, ses cheveux, son visage.
Elle était toujours aussi belle, mais il se passa quelque chose de terrible.
Son visage s’effaçait pour devenir de la poussière, il lui tenait sa main, mais cette main disparaissait comme le reste de tout son corps
Elle lui dit avec un sourire « je t’aime » puis elle disparut.
Le jour se leva, il ne savait pas quoi penser de ce qui venait de se passer, il n’avait jamais essayé de lui parler, il voulait s’excuser de ne pas lui avoir
obéi aussi rapidement que les nuits précédentes.
Il dormit toute l’après midi, lorsqu’il se réveilla, le soleil était entrain de se confondre avec la nuit.
L’obscurité s’installa sournoisement dans l’appartement, il resta allongé dans son lit, il regardait son plafond en attendant que sa femme l’accompagne dans sa
nuit.
Les heures défilèrent, il restait tout seul dans son lit à se tourner dans tous les sens, il ne comprenait pas, elle devait être là, comme chaque nuit.
Il se posa contre la robe, mais pour la première fois depuis des semaines, l’odeur de sa femme avait disparu.
L’odeur de vanille, l’odeur de fraise, l’odeur de violette, l’odeur de marguerite, l’odeur d’agrume, l’odeur de noix de coco, l’odeur de rose ou de mimosa
avaient entièrement disparu.
L’odeur de la robe ne sentait plus l’odeur de sa femme, mais la sienne.
A force de rester collé à la robe, à force de passer des heures à toucher la robe, il laissa l’empreinte de son odeur sur la magnifique robe.
Il saisit la robe, il chercha toute marque d’odeur de sa femme, mais il ne sentit que son odeur.
Il se leva, il regarda son lit, il avait la sensation que la robe perdait tout son éclat, comme si elle avait décoloré.
Il s’assit du côté gauche, il passa sa main sur la robe, mais au lieu de caresser le tissu, il sentit sous ses doigts de la poussière.
La robe se changea en poussière, en quelque seconde, la si jolie robe rouge devint qu’un simple tas de poussière sur les draps blancs.
Les rayons de soleil illuminèrent uniquement le lit, Eric avait les yeux fixés sur le côté gauche, des larmes coulaient de ses yeux, il ne bougeait plus, il
restait statique comme une statue.
-Pourquoi es-tu encore partie ?
Réponds moi, dis moi pourquoi tu n’es plus là ?
Nous étions si bien ensembles, si proches, si complices et si amoureux.
Je t’avais déjà perdu une fois, je ne peux l’accepter une seconde fois !
Si tu es là, si tu m’aimes, fais-moi un signe, je t’en supplie !
J’ai besoin de toi, ne me quittes pas une seconde fois. »
En s’enfermant dans un angoissant silence, il tournait sa bague de fiançaille, il voulait mettre des mots sur ses sentiments, mais il n’arrivait plus à parler.
La pleine lune éclairait le pauvre homme toujours entrain de pleurer en regardant le lit vide.
Il se leva, il regarda par la fenêtre la pleine lune et il dit :
« -Te souviens-tu de cette nuit d’été ?
Tu te rappelles de ce clair de lune ?
Le ciel était étoilé de miles astres comme tes yeux après m’avoir embrassé.
Le sable était froid sous mes pieds nus, mais tu me serrais tellement fort dans tes bras que j’oubliais le froid.
Tu te souviens alors de cette nuit où nous nous sommes amusés en écoutant les bruits des vagues et l’odeur de la marée ?
Tu sais, jamais je ne pourrais oublier, peux-tu venir me chuchoter des mots d’amour ? »
Il se tourna vers le lit, son cœur se nourrissait d’un espoir de la revoir, mais rien ne se passa.
« Tu m’as donc encore abandonné une seconde fois, je ne te comprends pas.
Je veux te rejoindre, et je te rejoindrai.
Une vie sans toi et une vie ennuyante. »
Il alla dans la cuisine, il prit une poubelle où il mit toutes les photos de sa femme et il mit le feu.
En buvant une bouteille de whisky, il rangea la robe dans son armoire et il la ferma en disant ses mots « tu m’as donné la vie, à travers toi j’ai connu
tellement des moments fantastiques, je ne sais pas pourquoi cette robe et toi vous êtes liés, mais je m’en fiche. »
Il prit une chaise, la disposa devant la fenêtre, il but et avala des médicaments en même temps.
« Je veux aller voir les étoiles, je me demande comment elles sont les étoiles, je suis sur que ça doit être le paradis d’être une étoile avec toi.
Il est trop dur pour moi, il est trop dur pour mon être, il est trop dur pour mon cœur.
Pendant deux ans, je me suis levé sans pouvoir sentir ton odeur près de moi, ou pouvoir te voir encore endormi dans les draps.
Pendant deux ans, j’ai du oublié tes bras qui me serraient contre toi quand j’étais triste.
Pendant deux ans, ta douce voix a été remplacée par un silence funéraire.
Pendant deux ans, j’ai du m’habituer au fait que lorsque j’avais envie de pleurer, de parler et de me confier, tu n’étais pas là.
Tu es revenue aussi belle que le premier jour, tu m’a gardé contre toi comme avant
J’ai….j’ai..ah..j’ai la sensation que l’on me compresse la tête, mon cœur s’emballe, quelle drôle de sensation, je vais aller m’allonger un petit
moment.
Je vais » et il s’écroula par terre.
-Bonjour, nous nous excusons de vous avoir demandé de venir, mais c’est la procédure maintenant.
-Je comprends, j’étais son psychologue, je ne pensais pas qu’il en arriverait là.
-D’après la première expertise, il est mort asphyxié à cause de la fumé toxique. Apparemment il a brûlé des documents et des photos, il n’a pas du faire
attention à cause de la prise d’alcool et de médicament, mais le feu a investi son appartement.
Heureusement que les voisins ont senti l’odeur de fumer autrement ça aurait pu être très grave, hélas les pompiers n’ont pas pu le sauver.
Par contre, une chose surprenant s’est produit, l’ensemble de l’appartement est parti en fumé, néanmoins l’armoire que vous voyez là-bas, elle est comme
neuve.
-Il m’en avait vaguement parlé, il se trouve qu’il l’avait acheté lors d’une brocante, vous me permettez que je puisse la voir, je vous ai apporté mes
conclusions sur l’individu.
Il ouvrit l’armoire doucement, la robe rouge lui fit scintiller ses yeux, il se dit que son patient n’avait donc pas menti et il voulu vérifier quelque
chose.
Sa main gauche se dirigea vers elle, en la touchant un frisson lui parcourut tout son être et lui rappela quelque chose.
-Vous allez bien ? Vous devez sûrement pleurer à cause de fumé
-Oui, ça doit être ça… répondit le psychologue en séchant ces larmes.
Quelques jours après, on le retrouva mort dans son cabinet.
Derniers Commentaires